John Waters - Role Models (Extrait, 2010)
''Ma
mère n'en savait rien, mais j'étais déjà
rentré dans un bar de Baltimore avec une fausse carte d'identité.
Pepper Hill était un club gay semi-légal situé juste à côté du
commissariat principal du centre ville. Qui ne se préoccuperait pas
de la question des pots-de-vins ? En tout cas, c'est là que
j'ai vu ''Pencil'', mon premier freak travesti des mauvais quartiers.
Il était l'équivalent mâle à Baltimore de Tralala, et je
l'apercevais souvent le jour aussi, quand je séchais les cours et
mangeais dans cet immonde endroit, au nom approprié de 'Little
Restaurant', sur Howard Street. Pencil était grand et pesait dans
les cinquante kilos, et il portait des jeans noirs moulants de
filles, un chemisier en voile, et des cheveux décolorés regroupés
en une sorte de chignon bouffant bien à lui. Il faisait des tours du
quartier en flânant, balançant quelques mots avec toute une gesture
efféminée aux routiers horrifiés, qui l'insultaient en retour.
J'étais choqué. J'avais déjà rencontré David Lochary quand
j'étais au lycée. Il était la première personne à utiliser le
mot ''gay'' devant moi quand nous regardions Rock Hudson dans
'Confidences sur l'Oreiller' au cinéma à Hillendale. ''Il est
gay'', dit David en pointant du doigt l'écran, avant de se tourner
vers moi, ''et toi aussi tu l'es''. Je veux dire, j'avais vu
''Peaches'', l'incroyable drag queen qui performa au bal de danse
local, avec le très blanc et hétérosexuel groupe de rock and rock
The Upsetters (à ne pas confondre avec Carolyn Wasilewski, aussi
connu en tant que ''Peaches'', la déliquante blanche de quatorze ans
qui inspira mon film Cry
Baby
en étant assassinée en 1954 avec le nom ''Paul'' écrit au
mercurochrome sur sa cuisse droite). Je me souviens que j'avais
trouvé étrange que tous les gars hétéro dans la foule hurlaient
et acclamaient Peaches sur scène avec les Upsetters, pour ensuite la
tabasser une fois le concert terminé. J'apprenais déjà à quel
point le show business pouvait être troublant.
Je
n'avais jamais vraiment connu Pencil, mais je voulais tout savoir de
lui. J'ai entendu dire qu'il vivait avec ses parents à l'Est de
Baltimore, juste après la grange qui sert de rond point au voitures
pour retourner en ville. Les rumeurs disaient que c'était là
que Pencil ''était chanceux'' tard le soir. Je voyais aussi Pencil
avec sa meilleure amie, ''Cleopatre''. A eux deux, ils causaient pas
mal de grabuge quand ils se pointaient au 'Municipal Band Concert' au
parc de Mount Vernon, qui était surtout peuplé de petites vieilles
aux cheveux bleutés. Pour une raison ou pour une autre, Pencil
faisait toujours une entrée fracassante juste pour horrifier la
foule. Et j'observais chacun de ses mouvements.
Plus
tard dans la vie, Pencil semblait s'être volatilisé des rues. Une
fois, Pat Moran et moi étions dans ma bagnole quand je le vis et dis
à Pat d'hurler ''Hey, Pencil !'', et elle le fit, mais il nous
a juste regardé de travers. On avait entendu dire qu'il avait
secrètement annoncé à quelques personnes qu'il ''n'était plus
Pencil à présent, mais Miss Streisand''. J'ai essayé de localiser
Pencil pour ce livre mais au début ce ne fut pas tâche facile. ''Je
connais quelqu'un qui l'a vu dans le bus une fois'' était ce que je
pouvais trouver de plus pertinent jusqu'à ce que je tombe sur Doris,
l'ancienne serveuse bien aimée du Leon's – le plus vieux bar gay
de Baltimore. Elle m'a mis au courant de tout ce qui s'était passé
depuis. Pencil avait évolué en ''drag queen sérieuse'', devint
coiffeuse et pris du poids. Il buvait beaucoup trop mais avait les
bons amis dès qu'il ''avait des problèmes d'estomac'', a déménagé
avec sa sœur et sa mère à Startex, en Caroline du Nord, et mourra
en 1990. Pencil était fini pour de bon. Mais pas pour moi, pas dans
ma mémoire. Je n'ai pas eu une seule fois de conversation avec
Pencil mais il a été d'une grande influence sur moi – fièrement
courageux face à la haine, incroyablement attirant malgré son
apparence repoussante, et teeeeeellement heureux de vivre une vie
totalement à l'encontre des lois de l'époque.''
Extrait de 'Role Models' . 2010. (Inédit)




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