Candy Darling (1944 - 1974)

Photo : Anton Perish, 1972. Max's Kansas City, New York.

''Candy came from out on the Island

In the backroom she was everybody's darling
But she never lost her head
Even when she was given head
She says, Hey babe, take a walk on the wild side'' 
Lou Reed, 'Walk On The Wild Side', 1972.

Muse de Lou Reed et du Velvet Underground, ainsi que d'Andy Warhol dès la fin des années 60, après qu'il ait vu Candy dans la pièce 'Glory, Glamour & Gold', aux côtés de Jackie Curtis (autre future star de la Factory de Warhol) et un jeune Robert De Niro. Fascinante, extrêmement belle, des yeux et une bouche magnifique, son aura lui apportait de nombreux admirateurs et la Factory était un endroit propice aux rencontres. Actrice dans Flesh (1968), star de Women In Revolt (1971) de Paul Morrissey, dans le génial film d'horreur 'Silent Night, Deadly Night' (1972), ainsi que de petits rôles dans 'Klute' avec Jane Fonda, ou Sophia Lauren dans 'Lady Liberty'. Mais malgré sa vie aux côtés de célébrités et de la hype New Yorkaise, Candy continuait à vivre sans le sou, se prostituant ou travaillant comme serveuse dans des bars, elle faisait sans arrêt face à d'incessantes déprimes. Malgré une apparence et une façon d'être qui la rendait dure comme un roc de l'extérieur, elle semblait parfois s'effondrer à l'intérieur, prise de dépression, de doutes et d'une tristesse infinie car persuadée qu'elle ne se sentirait jamais à sa place dans ce monde. Que cette vie n'était pas faite pour les transgenres comme elle, car même si elle vit et se sent comme une femme, le regard et attentes des autres n'est pas synonyme de liberté.

''J'étais et suis toujours pour la plupart des gens qui me connaissent, ma famille, mes camarades de classes, mes amis, une personne inférieure (et inadéquate). Toujours en seconde position. Ce n'est pas sans dire que j'étais incapable d'attirer un tant soit peu d'affection, ou même de respect, l'affection était mêlée à la pitié. Le respect m'était donné à cause de ma distance. 

J'ai l'impression de vivre dans une prison. Il y a tellement de choses que ne connaîtrait pas. Je ne peut pas aller nager, je ne peux pas visiter de proches, je ne peux pas sortir sans maquillage, ne peux pas porter certains vêtements, je ne peut pas avoir de petit ami, ne peut pas avoir de travail. Il y a tellement de choses à vivre que je ne peux avoir. J'ai réellement l'impression de vivre dans une prison.'' Journal intime, 30 août 1971 (Inédit)

Photo : George Hainsohn

Elle se créa donc au fil des années une vie telle qu'elle la souhaitait. Dès son enfance, elle passait ses journées à apprendre par cœur des dialogues de films et les récitaient, se prenant pour les héroïnes glamour de ces productions de la MGM. Et c'est ce qu'elle est devenue. La classe grandiloquente d'une actrice hollywoodienne et l'esprit de confrontation d'une rockstar. Puis un jour, Andy Warhold décida que les 'chicks with dicks' (filles avec une bite) n'étaient plus la dernière tendance et a donc lâché Candy, ainsi que Jackie et les autres. Ce rejet était celui de trop dans sa vie, la dépression était devenue trop forte, se sentant comme une parasite sur chaque canapé squatté, dans chaque rue où elle marchait, et quand elle tomba malade, peu s'en soucièrent hormis son meilleur ami et amant Jeremiah Newton. Les jours passaient et la maladie s'empirait... Bob Colacello se souvient, ''J'ai appelé de la Factory, tandis qu'Andy rôdait autour de moi. Dr. Cahan a dit qu'il jetterai un œil au dossier de Candy, pour voir si quelque chose pouvait être fait... Andy rôdait autour pendant que j'appelais la mère de Candy aussi. Teresa Slattery appréciait tout ce qu'on essayait de faire, mais elle ne pensait pas qu'il y avait beaucoup d'espoir. Candy n'en savait rien, mais les médecins lui avaient dit que Candy avait une leucémie et une tumeur à l'estomac. J'ai raccroché et j'ai tout raconté à Andy. Pour la première et seul fois en dix-sept ans que je le connaissais, je l'ai vu pleurer.''


Ce n'est pas la tumeur a l'estomac qui aura raison d'elle mais bien la leucémie qui la tuait à petit feu. Dans les derniers jours, elle appela son ami Peter Hujar pour une dernière session photo. Ayant moi-même une forme rare de leucémie, je n'ai pu qu'avoir la gorge nouée et les larmes aux yeux quand je suis tombé sur cette photo iconique, ''Candy On Her Deathbed'' (1974). Magnifique, touchante, choquante, plein de grâce. Elle décida de partir comme elle a vécue, comme un star de cinéma, à la fois tragique et remplie de beauté, sublime et romantique.

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